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Deux nouveaux lieux en l’honneur de femmes de la Commune dans le 12e

Mise à jour le 19/05/2021
André Léo et Anna Jaclard sont deux femmes impliquées dans la Commune, écrivaines et journalistes, auxquelles le 12e arrondissement et la Ville de Paris a voulu rendre hommage. Elles ont respectivement donné leur nom à une passerelle et une rue. Ces deux personnalités rejoignent Marie Rogissart, qui a donné son nom à une impasse en 2019.

Favoriser la visibilité des femmes dans l’espace public

Alors que les noms des rues, places, boulevards, avenues ou impasses sont à très grande majorité masculine à Paris, la Mairie du 12e arrondissement et la Ville de Paris choisissent d'œuvrer à une équilibre en rendant hommage à trois figures de la Commune, aux destins exceptionnels. La passerelle André Léo, située dans le Jardin de Reuilly, et la rue Anna Jaclard, perpendiculaire à la rue du Charolais (en face du numéro 42), sont entrées dans la nomenclature des espaces publics du 12e le 18 mai 2020.

Trois Communardes emblématiques

A leurs manières, Anna Jaclard et André Léo sont deux exemples d’engagements féministes ancrés dans la Commune. Russe et française, elles symbolisent à la fois la visée internationale de la Commune, autant que l’aspect catalyseur de l’événement, qui marquera à jamais la pensée de gauche en Europe et en Amérique.

Cet hommage est la preuve que même si la troisième République a tout fait pour effacer la mémoire de la Commune, celle-ci résiste avec éclat. La Commune est un moment d’urgence intellectuelle, un foisonnement limité dans un temps très court qui a amalgamé des destins exceptionnels, mais aussi des luttes. Ces luttes - la démocratie, le féminisme et la redistribution des richesses - sont toujours les nôtres aujourd’hui. C’est l’essence même de la Commune, une explication essentielle à la force des mouvements sociaux récents et actuels.

Emmanuelle Pierre-Marie
maire du 12e arrondissement de Paris

Anna Jaclard, l’aristocrate devenue Communarde

Née Anna Vassilievna Korvine-Kroukovskaïa, d’une prestigieuse famille de l’aristocratie russe, Anna Jaclard a tiré un trait sur une vie toute tracée en épousant d’abord une carrière littéraire, à l’occasion de laquelle elle a fréquenté les plus brillants esprits de son temps, notamment Dostoïevski, qui s’était épris d’elle, puis en choisissant d'échapper au carcan d’une société russe traditionaliste. Devenue relieuse de livres, elle fréquente les milieux révolutionnaires parisiens, notamment les blanquistes. Elle rencontre dans ces cercles son mari, Victor Jaclard. Ensemble, le couple montera sur les barricades de la Commune. Elle y organisera aux côtés de Louise Michel le comité de vigilance de Montmartre où elle soignera des blesssé·ees. Elle créera également l’Union des femmes pour la défense de Paris, ainsi qu’une multitude de comités féministes.
Avec son mari, elle échappe à la semaine sanglante et fuit d’abord à Londres puis en Russie, où elle se lie à nouveau avec des groupes révolutionnaires. Le couple rentre en France en 1881 à la suite de l’assassinat terroriste d’Alexandre II et la répression qui suit. Ils reprennent leur travail journalistique et intellectuel en France. Anna Jaclard décède en 1887 et est inhumée à Neuilly-sur-Seine. Paris lui rend hommage en nommant une rue du 12e arrondissement à son nom.

André Léo, l’écrivaine sous pseudonyme

Elle est née dans la Vienne, à Lusignan, d’une famille bourgeoise à tendance républicaine éclairée. Très vite, elle choisit, à l’instar de nombreuses écrivaines, d’écrire sous pseudonyme masculin. André et Léo sont les noms de ses deux fils jumeaux. Elle parvient à vivre de sa plume comme romancière et journaliste. Grande animatrice du courant féministe parisien, c'est chez elle, en 1869, qu'est créée la « Société (mixte) de revendication des droits de la femme ». Elle publie la même année « La Femme et les mœurs : liberté ou monarchie ».
Pendant la Commune, elle participe à l’Union des citoyens du 17e. Commence alors pour elle un travail éditorial et intellectuel titanesque, avec de nombreuses publications dans les journaux de la Commune, dont elle est une ardente défenseuse. Mais sa boussole républicaine l’empêchera de cautionner la suppression des journaux royalistes ou versaillais. Elle échappe elle aussi à la Semaine Sanglante en s’exilant en Suisse et en Italie. Elle continue une vie intellectuelle de haut-vol, débattant avec Marx, qu’elle juge trop autoritaire. Après un retour en France en 1880 et des collaborations avec la presse socialiste, elle meurt en 1900, près de Paris. La Mairie de Paris lui rend hommage en nommant une passerelle à son nom, située au sein du Jardin de Reuilly, dans la lignée de la Coulée Verte René Dumont.

Marie Rogissart, l’activiste ouvrière

Née dans les Ardennes, à Neufmanil, Marie Rogissart s’exile à Paris pour devenir couturière à Belleville, comme des milliers de jeunes femmes issues des milieux ruraux. La débâcle de 1870 et la Commune qui s’en suit la révulsent : elle participe à des réunions du Club Eloi, club politique formé dans le cadre des mouvements féminins se réunissant dans l’église Saint-Eloi du 12e. Femme d’actions plus que de mots, elle est la porte-drapeau du bataillon des femmes. Elle participe à la recherche d'otages ainsi qu'à la chasse aux réfractaires (la Commune oblige tout Parisien en age de porter un fusil à rejoindre la garde nationale communarde).

Lors de la répression de la Commune de Paris pendant la semaine sanglante, Marie Rogissart est sur les barricades, fusil au poing. Elle disparaît et échappe aux troupes versaillaises avant d’être arrêtée dans le 4e arrondissement en juin 1872 sur dénonciation. Accusée sans preuve d’avoir participé à des incendies et à des exécutions de réfractaires, elle est condamnée à sept ans de travaux forcés en Nouvelle-Calédonie.
Son destin prend alors un tour curieux puisque contrairement aux autres condamné·es, elle décide de rester à Nouméa malgré l’amnistie de 1880. Elle ne rentrera jamais en France et devient, sur l’île, la dernière survivante des déporté.es politiques de la Commune de Paris jusqu’à sa mort en 1929.

Les femmes dans la Commune

Au-delà de la figure statutaire de Louise Michel, les femmes ont tenu un rôle de premier plan dans les événements de la Commune. Dans le contexte oppressif de la seconde moitié du XIXe siècle qui ne laissait aux femmes qu’une place très secondaire dans la société et le débat public, la révolte parisienne fut une occasion d’imposer un combat féministe qu’Anna Jaclard et André Léo embrassèrent.
Au-delà des revendications d’égalité entre les sexes, qui n’auront pas le temps d’aboutir, c’est bien la place primordiale qu’ont prises les femmes dans l’organisation des comités de vigilance, mais aussi dans la construction d'une pensée communarde qui est remarquable. André Léo, par sa plume et son activisme littéraire, a réellement forgé une idéologie cohérente et rayonnante, bien que son activisme soit circonscrit aux journaux et non aux positions de pouvoir.
D’ailleurs, en France, ce n’est qu’en 1944 que les femmes accéderont au droit de vote, soit 73 ans après la Commune, tandis que la Nouvelle Zélande accordera ce droit dès 1893.
La place prise par les femmes lors de la Commune se reflète dans le travail, qui permet de faire fonctionner la ville, de les nourrir et qui est un remarquable facteur d’émancipation et de sociabilité. L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, structure 100% féminine et indispensable à la Commune en est un exemple frappant. L’Union, qui compte plusieurs centaines de femmes, est notamment dirigée par Elisabeth Dmitrieff, l’émissaire de Karl Marx à Paris, et Nathalie Le Mel, une relieuse bretonne montée à Paris qui était déjà très investie dans l’Association internationale des travailleurs avant le 18 mars.

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