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Actualité

Rendre la ville plus accueillante pour les femmes grâce aux marches exploratoires

Mise à jour le 10/06/2021
La Mairie du 12e a organisé samedi 29 mai une marche exploratoire entre femmes, avec le collectif À places égales et grâce à une méthodologie forgée par la sociologue Dominique Poggi. Le but : établir un diagnostic et des pistes de réflexions sur la meilleure façon de rendre la ville plus vivable pour toutes et tous, dans le cadre du dispositif Embellir votre quartier.

Une ville par et pour les hommes ?

À l’instar de toutes les grandes villes, Paris a été construite et planifiée par des hommes, pour des hommes. De Louis-Philippe et Charles V au Baron Haussman en passant par Louis XIII et Louis XIV, le Paris historique est un Paris qui porte la griffe d’hommes. Cette tendance ne s’est pas arrêtée au XXe siècle, même si des femmes architectes ont travaillé à donner son visage à Paris.

L’urbanisme parisien d'après-guerre a fait appel à quelques architectes pour redessiner des pans entiers de certains arrondissements. Des quartiers sont construits parfois de A à Z par le même architecte, devenu ainsi de fait urbaniste. Créés par des hommes ou sous la domination d’hommes, ces quartiers parisiens sont passés à côté des problématiques propres aux femmes et à leurs usages de la ville.
C’est dans ce contexte partagé que de nombreuses villes dans le monde ont commencé à s’interroger sur les meilleures façons de rééquilibrer l’espace public au profit des femmes et surtout, d’améliorer la qualité de vie de leurs habitant·es. Il s’agit ici de redonner droit à la ville pour les femmes mais aussi les enfants, c’est-à-dire la capacité à participer activement, faire valoir son point de vue et ses besoins concernant le cadre urbain, la qualité des transports, la gestion urbaine, et de circuler librement en toute sécurité, partout dans la ville, de jour comme de nuit. Aujourd’hui, alors que 9 femmes sur 10 ont déjà subi une agression à caractère sexuel dans les transports, le harcèlement de rue et les micro-agressions sont un fléau quotidien qui participe de fait à une exclusion des femmes de l’espace public.

La marche exploratoire, outil pour l’égalité dans la ville

Depuis 2016, la Ville de Paris a initié une prise en compte du genre dans l'espace public en publiant un guide référentiel « Genre & espace public », (dont une version enrichie et actualisée a été publiée en 2021) s’adressant aux urbanistes et aux personnes en charge de l’aménagement de l’espace public, mettait en avant, parmi ses nombreux thèmes, celui de la participation des habitantes pour participer notamment à leur propre visibilisation. Cela a produit le lancement de marches exploratoires de femmes de tous âges à Paris. Elles sont un outil qui répond à une triple problématique : l’aménagement du territoire, l’animation du quartier et le sentiment de sécurité. Elles mettent en évidence l'expérience d’usage des femmes, jeunes et moins jeunes, de différentes catégories socio-professionnelles, qui vivent dans le quartier tout en ayant une fonction de visibilisation.
Grâce au collectif À places égales, la Mairie du 12e a organisé une marche de deux heures le 29 mai, en présence de la Maire, Emmanuelle Pierre-Marie, utilisant la méthodologie élaborée par la sociologue Dominique Poggi. Elle s’inscrit dans la démarche participative “Embellir votre quartier” consacrée au quartier des Jardins de Reuilly, qui permet à toutes et tous de faire des propositions pour améliorer l’espace public.
Grâce à des couleurs rouge, orange ou verte, les participantes ont indiqué en amont sur une cartographie les espaces où elles se sentent bien, moyennement bien ou mal, mais aussi et surtout les espaces qu’elles évitent selon l’heure et si elles sont seules ou en groupe au moment du passage. Cela a permis d’établir un itinéraire pour la marche, en fonction de l’identification pour chacune des espaces sensibles du quartier.

Un questionnaire aux thèmes très divers

Le groupe composé de 10 femmes a donc arpenté les rues du quartier selon l’itinéraire prédéfini et les étapes envisagées. Chaque arrêt a été l’occasion de répondre à un questionnaire type, établi par l’association A Places Égales, dans le but d’approfondir le diagnostic.
L’idée est de montrer que les expériences sont partagées et les possibles malaises légitimes. Participant à un processus d’auto-émancipation, le fait de pouvoir échanger entre femmes sur ces sentiments d’insécurité permet une libération de la parole sans crainte du jugement et sans reproduction des mécanismes de domination sociale.
Des sujets très divers sont abordés pour obtenir un diagnostic complet : des questions portent sur le thème de la visibilité, dans la section “voir et être vues” (y compris en se demandant si des noms de femmes célèbres sont mis en avant), puis “entendre et être entendue”, viennent ensuite les problématique de propreté, d’aménagement du secteur et enfin de convivialité.
Le bilan établi, propre au groupe constitué, fera l’objet d’une réunion de restitution auprès des élu·es pour qu’ils et elles s’en emparent. En parallèle, les suggestions d’amélioration seront remontées sur la plateforme idee.paris, qui concentre les suggestions de tous les citoyens et citoyennes de l’arrondissement pour le quartier Jardin de Reuilly.